un entretien avec Roel Vermeiren

  • Janvier 15, 2020

Petite conversation avec Roel Vermeiren, chef de projet du Pacte de Rénovation.

La journée d’étude à l’occasion des 5 ans du Pacte de Rénovation a eu lieu le 13 décembre 2019. Ce pacte ambitieux conclu par le gouvernement flamand fin 2014 vise à atteindre le même niveau d’efficacité énergétique dans chaque maison et appartement qu’ils soient existants ou nouveaux. L’occasion rêvée pour inviter Roel Vermeiren, chef de projet du Pacte, à échanger avec nous.

Roel Vermeiren (48) est titulaire d’un master en psychologie clinique (Ugent) et en Gestion publique (Antwerp Management School), et a rejoint l’Agence flamande de l’Énergie (VEA) en 2008. Auparavant, il a été au service du VDAB pendant 10 ans en qualité de coordinateur des programmes de formations professionnelles et de soutien stratégique. Cette expérience vient désormais à point nommé dans son poste actuel où il travaille dans le cadre de l’utilisation rationnelle de l’énergie et de la politique énergétique sociale.

« Depuis 2015, je suis chef de projet pour la Stratégie de Rénovation flamande 2050 pour les bâtiments d’habitation. Sous la bannière « Pacte de Rénovation », un grand groupe d’acteurs engagés œuvrent à une vision étayée à long terme, à une répartition optimale des rôles, et à des instruments percutants, entre autres sur les plans des finances et des conseils. »

Quels sont vos atouts professionnels ?

« Je m’emploie à relever les défis en m’inscrivant dans une perspective plus large. De cette manière, je suis en mesure de mieux soupeser les avantages et les inconvénients, et d’aboutir ainsi à des actions efficaces et réalisables. Je préfère faire preuve de créativité et, où cela s’avère nécessaire, d’une touche d’humour pour relativiser le tout. Par ailleurs, j’aime motiver mes collègues et les aider à déployer pleinement leurs compétences pour leur permettre de poursuivre leur développement professionnel et personnel. »

Que fait précisément l’Agence flamande de l’Énergie ? Et quel rôle y jouez-vous ?

« L’Agence flamande de l’Énergie (VEA) est une agence autonomisée du ministère flamand de l’Environnement qui a pour mission la mise en œuvre d’une politique énergétique orientée sur la durabilité. Nos principales tâches ? Stimuler l’utilisation rationnelle de l’énergie et la production d’énergie respectueuse de l’environnement. À cet effet, nous nous concentrons sur la préparation et la mise en œuvre des politiques, l’élargissement de l’assise sociale, le respect de la réglementation et l’évaluation des politiques. Je travaille au sein de l’équipe Stratégie du cluster Efficacité énergétique. »

Pouvez-vous donner quelques explications sur le Pacte de Rénovation : quels en sont les objectifs par exemple ?

« À l’horizon 2050, nous voulons que chaque maison et chaque appartement existant soit aussi économique en énergie qu’un nouveau logement performant sur le plan énergétique.  Cependant, la mise en place d’un parc immobilier avec des prestations énergétiques nettement supérieures constitue un défi de taille.

Les autorités peuvent faciliter et soutenir cette transformation. Par ailleurs, d’autres parties prenantes, comme le secteur de la construction, la société civile et les banques, peuvent aussi prêter leur concours. C’est la raison pour laquelle un projet a été lancé fin 2014 dans lequel 34 organisations se sont engagées à développer activement et de manière constructive le Pacte de Rénovation. Ce pacte a pour objectif de développer un plan d'action cohérent qui, à court et à long terme, augmentera sensiblement le taux de rénovation du patrimoine immobilier flamand et optimisera sa performance énergétique pour atteindre un niveau presque neutre en énergie. Le Pacte de Rénovation est une organisation partenaire dans laquelle les ressources, les informations, les activités et les compétences sont partagées afin d'atteindre l'objectif commun. »

Selon vous, quelle est l’utilité de ce Pacte ?

" Le défi de rénover en profondeur près de 3 millions de logements en 30 ans est si considérable, qu’il faudra faire appel à toutes les bonnes volontés pour pouvoir le relever. En nous plaçant dans une perspective win-win, il convient d’y faire participer le plus grand nombre possible de partenaires. Idéalement, le niveau politique devrait assumer le rôle de locomotive, de meneur de jeu et de sponsor. Par sponsor, l'on entend la création d'une possibilité de développer ensemble des outils, des méthodes, des moyens et un support, ce qui augmente effectivement le taux de rénovation. "

La journée d’étude « 5 ans de Pacte de Rénovation » a eu lieu récemment.  Où en sommes-nous par rapport aux objectifs définis au début du projet ? Quels en sont les acquis ?  Et quels sont les points à améliorer ?

" Depuis le début du pacte, fin 2014, nous avons assisté à un haut degré de collaboration entre les partenaires. Nous avons appris à mieux nous connaître et à collaborer. Nous voulons que le parc de logements atteigne le label A et soit chauffé de manière totalement durable (objectif à long terme 2050). En outre, en collaboration avec des partenaires, nous avons développé le Woningpas et le nouveau CPE. Les conditions des primes énergétiques ont été adaptées en fonction de l’objectif de 2050. Forts de la prime Voisins et des primes de rénovation totale, nous voulons inciter davantage de personnes à effectuer cette rénovation énergétique, de préférence le plus tôt possible.

Le citoyen estime que la rénovation énergétique est souvent onéreuse, mais ne rien faire lui coûte aussi de l’argent…

Il est étonnant de constater qu’entre 2011 et 2015, de nombreux propriétaires ont mis en œuvre des mesures d'isolation. Par la suite, on constate un net recul qui peut s'expliquer en partie par la réduction des montants des primes. Dans la foulée des directives européennes, nous avons développé plus avant la stratégie 2050 et l'avons peaufinée en fonction d’éventuels scénarios. De cette manière, les possibilités et les modifications à apporter aux mesures pour faire évoluer les choses apparaissent plus clairement. Dans ce cadre, les investissements nécessaires et les grands avantages sociaux qui y sont associés, comme la santé et l'emploi, sont inventoriés."

Quelles mesures actuellement absentes sont à vos yeux essentielles pour arriver à un parc immobilier correctement rénové ?

« Ma réponse sera concise : les expériences de ces dernières années et la portée de l'invitation à agir exigeront une approche plus directive, pour ne pas dire des obligations, assorties ou non à des soutiens sous la forme de primes et/ou d’une réforme en profondeur de la fiscalité du logement ».

Quel est, selon vous, dans les rangs des citoyens, le plus grand malentendu en matière de rénovation énergétique ?

« De nombreux propriétaires pensent peut-être qu'une rénovation énergétique en profondeur est trop onéreuse. Et ils n’ont pas tort s’ils calculent simplement le temps de retour sur investissement des mesures. Cependant, des études montrent que ne rien faire dans un logement existant a aussi un certain coût : entretien, factures d'énergie (qui devraient augmenter en même temps que les prix de l'énergie...)... Une rénovation énergétique en profondeur n'est toutefois rentable que si elle est mûrement réfléchie.  Et si nous prenons en compte la valeur future d'une habitation alliant économie d’énergie et confort, la conclusion saute aux yeux ! Tout en contribuant aux objectifs énergétiques et climatiques. Nous devons toutefois constater que le marché du logement et les citoyens évoluent lentement. D'où la nécessité de donner un coup d’accélérateur, en se basant sur un ensemble de mesures de soutien appropriées. D'ailleurs, une étude réalisée en 2019 a confirmé qu'une maison avec un label B valait près de 11% de plus qu'une maison avec un label E. Si cette évolution se poursuit, les familles qui achètent une maison peu efficace en énergie devront prévoir un budget plus important pour une rénovation en profondeur ».

Comment envisagez-vous l’avenir de la politique en matière de rénovation ?

« Comme le taux et l’intensité de rénovation n’augmentent pas suffisamment, nous devrons surveiller de manière plus ciblée notre manière d’agir. Sur cette base, nous pouvons ensuite adapter les mesures existantes et en développer de nouvelles. Afin de faire réellement bouger les choses, un engagement politique plus explicite et une approche plus stricte peuvent être nécessaires, de préférence combinés à une fiscalité du logement beaucoup plus favorable aux logements économes en énergie. Dans le même temps, nous devons rendre le chauffage plus durable plus rapidement afin de nous affranchir le plus vite possible des combustibles fossiles. Une part croissante de nos besoins énergétiques sera couverte par l'électricité. Les réseaux de chaleur dans les noyaux et les pompes à chaleur à l’extérieur constitueront une partie importante de la solution ».

Merci pour ce entretien